Poste restante, sur un coin de table, en marge des visages rejouis.

Jamais elle ne m'a été doloureuse, pourtant toujours plus traumatisante...

05 mai 2008

La barre est dure...

[…] Petits copains, je me bile pas tellement. Je sais que vous ne lisez pas, ou quand ça vous arrive, vous vous tapez La Main Qui Tue et le Mystère De Malle Sanglante. Mais si quelques-uns d’entre vous décident : « Ben, je vais y voir, je vais lire ce qu’ils lisent, les autres, apprendre ce qu’ils savent », c’est le moment d’être prudents, de toucher avec des pincettes et de pas se laisser charrier.

Surtout, te laisse pas intimider. Les neufs dixième de ce qu’ils disent, c’est du déconnage salaud, les neufs dixièmes de ce qu’ils admirent, c’est du vent, du flan, du recuit et du faisandé.

Ils passent leur temps à s’ausculter le cœur à la loupe et à se chipoter la conscience. Ils te colleront un cœur et une conscience de confection. Tu seras déguisé et baisé, frérot. T’auras tellement de problèmes que t’en pisseras du sang. Trop tard. Je te parie qu’ils te parleront de la mort de Dieu (dont tu te foutais éperdument, dans le temps), de la lumière grecque et du meurtre considéré comme un des beaux-arts.

N’oublie jamais, si tu te cultives, qu’il s’agit de leur culture. N’oublie jamais, si tu renonces à La Malle sanglante pour te tourner du côté des bons livres, que cette littérature est leur littérature.

Viens chez eux, mais comme un voleur. Fouille sans aucun respect. Emporte le plus grand nombre possible de choses. Méprise-les mais n’oublie pas qu’ils sont très forts et que le mépris ne suffit pas.

Oui, ils sont très forts. Et rusés. Ils t’apprendront leurs gestes et leurs langages. Tu seras sensible à leur gentillesse et à leur confiance. Tu ne t’apercevras pas que leur arme la plus dangereuse, c’est l’habileté avec laquelle ils te persuaderont que tu leur ressembles, que tu es un homme comme eux.

Moi, vois-tu, j’ai de la culture, et je fais de la littérature.

Je trace des barres. Je pense à toi. Je souhaite que tu comprennes combien nous sommes loin l’un de l’autre. Sache que je suis un salaud et ne me pardonne pas. […]

J.CAU, 1950, Le Coup De Barre.

Posté par L THAURED à 19:02 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Je suis de retour

J'aimerais bien lire la suite...

Posté par Andy, 17 mai 2008 à 00:48

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=432060&pid=9070894

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :